Les directeurs d’école doivent être reconnus !

Introduction

J’ai emprunté l’image d’illustration à Jack Koch. n’hésitez pas à aller voir son blog. Si vous ne le connaissez pas, il s’agit d’un ancien professeur des écoles qui a démissionné pour se consacrer entièrement au dessin et aux illustrations.

Je suis directeur d’une école de 202 élèves et 8 classes. Depuis de nombreuses années, je suis le métier de directeur et je m’intéresse à tous les articles qui en parlent. Je suis convaincu que l »évolution de la fonction de direction est indispensable car les missions sont de plus en plus importantes alors que la reconnaissance n’a pas évolué du tout. De nombreux rapports ont été remis aux ministres successifs, mais rien ne change. Un des derniers rapports de Mmes Bazin-Malgras et Rilhac était intéressant, mais il a été très mal perçu par les organisations syndicales (OS). Le ministre Jean-Michel Blanquer a souhaité la mise en place de « E.P.L.E » dès qu’il a pris ses fonctions et il a subi un gros revers de la part des syndicats. Sa volonté de faire évoluer les choses est certaine, mais comme il s’agit d’un homme politique, il ne veut pas prendre le risque de se prendre une deuxième veste, si vous me permettez l’expression.

Suite au vote de la PPLDirecteur (=Proposition de Loi sur la fonction de directeur et directrice d’école) de Cécile Rilhac le 24 juin à l’Assemblée nationale, j’ai créé un groupe de réflexion composé de directeurs. Ce groupe n’est affilié à aucune organisation syndicale. Nous avons comme objectif de faire des propositions en partant d’un principe relativement simple : les propositions doivent être réalistes (notamment au niveau d’un calendrier). En effet, si nous demandons tout de suite tout, la réponse va être simple : NON ! J’insiste bien sur ce point pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté ; comme tout le monde nous souhaitons plus, mais il faut y aller progressivement.

Des propositions concrètes et réalistes

Voici les propositions de notre groupe de réflexion. La numérotation n’a pas de rapport avec une quelconque hiérarchisation des priorités.

  1. Augmentation des décharges selon un calendrier pluriannuel :
    Décharges Actuellement Rentrée 2020 Rentrée 2021 Rentrée 2022
    1 classe 4 jours / an 4 jours / an 1 jour / mois 2 jours / mois
    2 et 3 classes 1 jour / mois 2 jours / mois 1/4 décharge 1/4 décharge
    4 à 7 classes 1/4 décharge 1/3 décharge 1/3 décharge 1/2 décharge
    8 et 9 classes 1/3 décharge 1/2 décharge 1/2 décharge Décharge totale
    10 à 13 classes 1/2 décharge 3/4 décharge Décharge totale Décharge totale
    14 classes et + Décharge totale Décharge totale + 1/2 adjoint Décharge totale + 1/2 adjoint Décharge totale + 1 adjoint

    Dans les écoles d’application (quel que soit le nombre de classes), il faudrait également un directeur adjoint suivant le même calendrier que pour les écoles de 14 classes et plus.

  2. Nous sommes favorables à l’article 5 qui stipule que les élections des représentants des parents peuvent s’effectuer par l’intermédiaire d’un vote électronique. Certains directeurs souhaitent tout simplement de ne pas faire d’élection quand il n’y a qu’une seule liste. Cela peut se comprendre, mais les associations des parents d’élèves (la FCPE en tête) s’y opposent fermement. C’est un point que Mme Rilhac avait soulevé quand j’ai pu échanger en visio avec elle. La mise en place d’un vote électronique permettrait de rendre les élections aussi simple pour 1 ou 10 listes et pour 50 ou 500 élèves dans les écoles.
  3. Nous souhaitons rendre l’école plus efficace. Pour cela, nous proposons d’arrêter de transmettre les fiches navettes pour les passages dans les niveaux de classe supérieurs. En effet, cette année, de nombreuses académies ont décidé d’informer les familles par voix électronique (mail). Les retours des parents sont très bons. Il nous parait donc important d’adapter cela en ne faisant passer ces fiches navettes pour la poursuite de la scolarité qu’aux familles dont les enfants sont concernés par un passage anticipé ou un maintien. Cette nouvelle disposition peut prendre effet dès l’an prochain. La volonté étant de gagner en efficacité tout en allégeant les tâches des directeurs.

4. Diminuer le nombre d’enquêtes comme le ministre a annoncé et ne plus faire de doublons. Il s’agit toujours de quelque chose qui ne coute rien et qui fait perdre, soyons réaliste, qu’un peu de temps.

5. Améliorer les outils numériques, notamment ONDE en intégrant des applications qui fonctionnent très bien dans certaines académiques avec des applications très intéressantes. Par exemple : gestion numérique des sorties scolaires, gestion des demandes d’autorisation d’absence, gestion du projet d’école… Nous pensons que les DANE doivent partager leurs ressources pour aboutir à des applications nationales performantes pour toutes les académies.
Les mairies doivent avoir l’obligation de remplir intégralement les renseignements présents dans ONDE lorsque les responsables inscrivent les enfants à l’école. En effet, cela n’est pas le cas dans toutes les mairies françaises. Ceci permettraient de gagner du temps et les mairies auraient tout à y gagner en ayant une base de données précise pour communiquer avec leurs concitoyens. Certaines améliorations dans ONDE peuvent être mises en place très rapidement et très facilement. Nous pensons par exemple à l’insertion du tampon de l’école ainsi que de l’image de la signature du directeur pour pouvoir éditer des courriers et les envoyer directement par voie électronique.

6. Augmentation significative de la prime de direction, surtout que les perdir du secondaires ont été augmentés. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Les principaux de collège et les proviseurs de lycée ne font pas le même travail que les directeurs des écoles. En revanche, on s’en rapproche un peu alors que les moyens financiers et humains mis en place entre le premier et le second degrés sont immensément différents.

7. Les directeurs ont permis de réussir le confinement et encore plus le déconfinement en adaptant les décisions à chaque école. L’école doit gagner en autonomie. Cette période a montré que laisser plus d’autonomie aux directeurs est une solution efficace. Cette période a bien mis en lumière l’importance des directeurs d’école et nous devons tous (directeurs et adjoints) aller dans le sens d’une amélioration.
S’il y avait une autonomie plus importante des écoles, les IEN pourraient se recentrer sur les rendez-vous de carrière (PPCR), mais surtout sur un pilotage de la formation dans leur circonscription. Cela permettrait une véritable collaboration entre les IEN et les directeurs. En effet, nous recevons dans les écoles des demandes qui émanent de nos IEN, mais aussi directement des DASEN, voire directement du ministère. Ces demandes sont assez souvent des doublons. Nous demandons une simplification des circuits de communication entre les DSDEN et les écoles, les IEN et les directeurs d’école pouvant alors travailler comme de véritables partenaires pour rendre le premier degré plus efficient. Pour ne pas fausser la relation entre les directeurs et les IEN, ces derniers ne doivent plus être les supérieurs hiérarchiques des premiers.

8. Choix des directeurs de proposer des formations en fonction des besoins réels de l’équipe enseignante et non plus subir des formations imposées par la hiérarchie. Ce point est bien abordé dans la PPLDirecteur.

9. Formation de 2 jours tous les ans (notamment sur le côté juridique et gestion de crise). En revanche, ces jours doivent être pris sur du temps de classe pour les directeurs n’ayant pas de décharge totale et ils doivent être remplacés. Les sujets de ces jours de formation devront être définis en fonction des demandes des directeurs qui sont sur le terrain.

10. Mise en place d’un référent directeur dans toutes les académies. Il est indispensable, pour que ces référents soient légitimes, qu’ils soient choisis parmi des directeurs expérimentés en poste. Pour cela, ils doivent être « recrutés » sur le terrain. La solution la plus pertinente serait d’un directeur référent dans chaque circonscription avec un jour de décharge pour s’acquitter de cette mission.

11. En fonction de la taille de l’école, une aide humaine peut être indispensable. Le côté financier est le problème majeur pour avoir des emplois pérennes. Nous ne souhaitons pas que les Services civiques déjà prévus pour les écoles soient fléchés uniquement pour les directeurs. Il doit s’agir de personnes « en plus ». Nous souhaiterions vivement que ces aides puissent être des emplois pérennes.
— À la rentrée 2020 : Quelques heures par semaine par du personnel communal. En effet, l’AMF a rapporté à Mme Rilhac qu’il était envisageable de compléter des contrats communaux par quelques heures à destination des écoles les plus petites (1 à 3 classes). À partir de 4 classes, les directeurs pourraient être épaulés par des jeunes en mission de service civique ainsi que par des étudiants qui se destinent aux métiers de l’enseignement. Leur nombre dépendrait de la taille de l’école.
— Rentrée 2021 : Les heures « mairie » seraient maintenues pour les écoles de 1 à 3 classes. De 4 à 9 classes, les directeurs seraient aidés par des services civiques et des étudiants qui se destinent aux métiers de l’enseignement. À partir de 10 classes, les directeurs seraient aidés par des personnes bénéficiant d’un contrat pérenne, personnes qui seraient donc là pour plusieurs années.
— Rentrée 2022 : Les plus petites écoles pourraient bénéficier de l’aide « d’heures mairie » ou de services civiques. Les écoles comportant 4 classes et plus bénéficieraient d’un emploi pérenne. À partir de 10 classes, les directeurs seraient assistés de plusieurs personnes avec des emplois pérennes.
— Il est indispensable d’afficher un calendrier pour que les directeurs puissent se projeter.

Précisions sur la PPLDirecteur

Précision sur la PPL : Les informations relatives au réglementaire ont été supprimées de la PPLDirection, notamment le passage sur les décharges totales à partir de 8 classes. Contrairement à ce que certains directeurs disent, Mme Rilhac ne nous a pas lâchés, il s’agit d’un point de constitutionnalité. Pour échanger avec elle, elle a fait tout ce qu’elle pouvait faire en tant que parlementaire. Elle continue cependant « à faire pression » pour que le ministre prenne ses responsabilités sur les textes réglementaires.

Conclusion

Actuellement, nous sommes en contact avec des députés et des sénateurs pour les informer de la situation de la direction d’école et pour qu’ils puissent peser sur les négociations devant le Sénat en octobre. Ces députés et sénateurs sont des politiques influents sur la question de l’éducation. Les premiers retours que nous avons vont dans le sens d’une amélioration des conditions des directeurs mais avec un point bloquant/freinant : le budget, les finances.

Il est évident que si les directeurs veulent plus de moyens pour faire valoir leurs responsabilités, il faut changer en profondeur la gestion actuelle de l’école. M. le Ministre annonce régulièrement que le premier degré est SA priorité. Il est grand temps que cela se voit dans des actes forts. Cela a un cout, mais il s’agit d’un investissement sur l’avenir, mais uniquement si les changements sont importants et profonds.

Mercredi 15 juillet, le ministre reçoit les organisations syndicales pour une journée de négociation sur la directeur d’école. Des annonces seront faites à la suite de cette journée. En fonction de ce qui est annoncé, des actions fortes des directeurs doivent être envisagées. Nous souhaitons nous associer à un grand mouvement national des directeurs d’école. Si on veut que les choses changent, il sera indispensable que TOUS les directeurs suivent le mouvement avec l’appui des adjoints.. Dans le cas contraire, ça fera « pschitt ! » et nous aurons tout perdu.

Tout le monde a à gagner avec ces changements et ces améliorations : les directeurs, les adjoints, les élèves… en deux mots : « L’Éducation nationale » !

6 Commentaires

  1. Chantal BAUCELIN

    Bonjour,
    Je suis directrice d’une école déchargée à la Martinique. Les dispositifs ULiS et UPE2A sont extrêmement chronophages. Il faudrait se pencher sur la question…
    Je ne comprends pas qu’il n’y ait toujours pas un corps de direction du premier degré d’autant que cela a été fait pour les PsyEN. Notre fonction est tout aussi spécifique!
    Aucun syndicat ne nous défend vraiment. Ne pouvons nous en créer un pour la direction d’école?

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    1. lbreilloux (Auteur de l'article)

      il n’y a pas de corps car « directeur » n’est pas un statut, nous sommes des « professeurs des écoles » avec une charge de direction, contrairement aux CoPsy. Les dispositifs dont vous parlez sont mentionnés indirectement dans la PPLDirecteur pour permettre plus de décharge. je ne pense pas que ce soit le cas pour la rentrée 2020. En revanche, j’ai bon espoir (et quelques infos qui vont dans ce sens) que ça pourrait être le cas pour la R2021

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  2. Julien B

    Bonjour,
    Je suis d’accord que les directeurs et directrices d’école doivent être reconnus mais pas que, les aide humaines également.
    Un directeur, comme vous, en contact avec des politique en voilà un qui se bouge , Bravo et respect. C’est peut-être pour cela que vous étiez précis des rentrée 2020, 2021 et 2022.
    Anciennement aide au directeur, j’espérais retrouver mon travaille dans une école et j’en ai fais des démarches, mais ça risque d’être miraculeux. A l’époque, j’avais demander au directeur de l’école mais ne pouvais et ne voulait rien faire.
    Concernant le manque de budget, baissons les salaire des politiques et supprimons leurs avantages et là on peut trouver de quoi revaloriser les salaires des profs, des AESH ainsi que des humaines pérennes,etc..
    Malheureusement, depuis des années les ministres ont toujours fait la sourde oreilles et ont tous échouer sur le sujet. Les DASEN/recteurs n’ont jamais véritablement défendus les écoles et les personnels, quand à la communauté éducative : direction d’école, profs, parents (que je respect) pour beaucoup n’ont jamais ou peu montrer leur colère face à cette situation et leurs solidarité à l’égard des personnels en emploi aidé, ou alors ces mêmes personnes en sont indifférent, « la loi est la loi », « c’est comme ça qu’est ce qu’on y peut » « ce sont des emplois non pérennes » quelques refrains que j’ai entendu de la part de certains.
    C’est dommage peut importe notre métier ou fonction dans une école, nous travaillons tous dans le même domaine et sens, et les aide humaines sont là pour tout le monde. Un peu plus de combattivité, de solidarité, d’entraide et de compassion n’aurait pas de fait de mal et nous en serions pas dans cette situation.

    En tout cas, j’espère de vrai changement pour les directeurs, les écoles et les aide humaines.
    Je reste toujours positif et optimiste et croise les doigts.
    « seul on va plus vite, ensemble on vas plus loin »

    Solidairement.

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    1. lbreilloux (Auteur de l'article)

      Je vais essayer de répondre à vos remarques :
      — tout d’accord, merci pour le compliment 😉
      — pour le manque de budget (je prends le gouvernement Castex, source Wikipedia) : PR 15.200€ / PM : 15.200€ / ministres : 10.100€ x 30 = 303.000€ / secrétaire d’État : 9.600€ x 1 = 9.600€ / députés : 7.200€ x 745 = 5.364.000€ / sénateurs : 7.200€ x 348 = 2.505.600 => TOTAL = 8.212.600 / mois. Il y a 1.145.300 personnels d’éducation (source ministère de l’EN). Cela veut dire que si tous les politiques travaillaient bénévolement (ce qui bien sûr n’est pas possible), les salaires permettraient une augmentation moyenne de 7.17€ / mois. Je pense que vous conviendrez que ce n’est pas une solution.
      — Pour ce qui est des dasen et des rectorats, je trouve qu’ils sont plus concernés par le second degré que pour le premier degré. Pour ce qui est des AESH (ou AVS), c’est pas mieux.
      — Pour les AESH, je suis entièrement d’accord pour dire que les gouvernements successifs ne mettent pas assez de moyens. Depuis la loi sur le handicap de 2005, il y a eu plusieurs ministres différents (de plusieurs partis politiques) et l’investissement n’a jamais été à la hauteur des ambitions annoncées.
      — J’ai bon espoir que le premier degré change en profondeur avec un regard nouveau sur la chaine hiérarchique.

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  3. Julien B

    Je vais également essayer de répondre au mieux à vos remarques:
    – A propos du budget, je n’ai JAMAIS dis que les politiques doivent faire du bénévolat seulement de baisser leurs salaires. Erreur, je ne parlais pas des 1.145.300 personnels de l’éducation nationale mais des 870.900 enseignants du 1er et 2nd degré notamment du 1er degré sans compter et oublier les AESH, etc.. Vous conviendrez qu’ils sont plus méritant que les autres personnels des services de l’EN.
    -Les dasen et recteur, peu importe du 1er ou 2nd degré étant en relation avec la hiérarchie et sachant ce qui se passe dans l’EN auraient pu intervenir en faveur des écoles et personnels.
    Prenons exemple des emploi aidé comme les aide au directeur ou AVS-AESH, hormis pole emploi ou les collèges/lycées (EPLE) employeurs où l’on signait notre contrat, c’était bien la DSDEN qui gérait tout, notamment le service de la « DESCOM »sous délégation des dasen.
    En parlent des dasen, j’ai trouver injuste qu’ils aient reçu une prime de 50000€ alors que les profs, les AVS-EVS, , directeur,etc.. réclament pas mal de choses depuis des années.

    Donc, s’ils sont plus concernés par le 2nd degré, alors qui s’occupe ou se charge du 1er degré? A quoi servent-ils vraiment ?
    Comme vous le savez, les IEN de circonscription n’ont pas assez de pouvoir, pilote les écoles du 1er degré de leur circonscription.

    – Je suis entièrement avec vous concernant les AESH , tous comme les emploi aidés ou le handicap où rien n’a vraiment évoluer.

    En tout cas, j’espère que le 1er degré changera ainsi que plus de compassion de la hiérarchie.

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    1. lbreilloux (Auteur de l'article)

      — point 1 : Je sais bien que vous ne parliez pas du bénévolat. Mes propos étaient simplement pour montrer que ce n’était pas une solution car l’augmentation pour les enseignants et les AESH serait anecdotique.
      — point 2 : entièrement d’accord, même s’il ne s’agit pas d’une prime mais d’une indemnité qui existe depuis 2014. Voir cet article : de France TV info. Par rapport à des hauts cadres ce n’est pas énorme si on compare aux rémunérations dans le privé mais pour nous, enseignants, ça pose question.
      — j’espère aussi que le 1D va évoluer sinon, nous allons vers une désertification du métier et un recrutement avec un niveau de plus en plus bas.

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